Changement climatique Démythifier l’aviation : Ce qu’il faut vraiment savoir sur son impact climatique

Démythifier l’aviation : Ce qu’il faut vraiment savoir sur son impact climatique

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EN BREF

  • Impact climatique de l’aviation : 2,6% des émissions de GES mondiaux en 2018.
  • Les effets hors CO2 sont significatifs, notamment à travers des trainées de condensation.
  • Fret aérien : 25 fois plus émetteur que le camion et 100 fois plus que le train.
  • Aéroports exposés aux risques climatiques : 269 aéroports à risque de submersion.
  • Efficacité énergétique : La consommation de carburant par passager a été réduite de 50% depuis 1990, mais les émissions totales augmentent.
  • CORSIA : Système de compensation, mais avec des contraintes faibles pour les compagnies.
  • Les futurs avions à hydrogène et électriques restent encore en phase spéculative.
  • Développement des SAF : potentiel pour réduire les émissions, mais ressources limitées.
  • Réduction nécessaire de la croissance pour atteindre les objectifs climatiques d’ici 2050.
  • Question sur l’équité d’accès au transport aérien et son impact environnemental.

Démystifier l’aviation : Impact climatique

Le débat sur l’impact climatique de l’aviation est souvent polarisé entre les promesses de l’aviation verte et la montée des mouvements comme le flygskam. L’aviation commerciale a représenté 2,6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2018, indiquant un poids loin d’être négligeable dans le réchauffement climatique. Les effets hors CO2, notamment les trainées de condensation, doublent l’impact radiatif des avions. Par ailleurs, le fret aérien, bien que minoritaire en volume, génère une quantité significative d’émissions. L’augmentation du trafic et la vulnérabilité des infrastructures aéroportuaires face aux impacts du changement climatique soulignent l’urgence d’agir. Les solutions envisagées, telles que les carburants alternatifs et l’hydrogène, restent encore loin d’être prêtes pour ancrer une décarbonation effective du secteur, rendant nécessaire un questionnement sur la croissance durable de l’aviation.

Le secteur de l’aviation est souvent source d’ambiguïtés et de mythes concernant son impact sur le climat. Alors que l’aviation commerciale est perçue comme un moyen de transport moderne et accessible, elle est également au cœur d’un important débat sur ses coûts environnementaux. Dans cet article, nous allons examiner en détail les effets de l’aviation sur le climat, démystifiant certains des idées reçues et fournissant des informations basées sur des données scientifiques pertinentes.

Les liens entre aviation et changement climatique

L’impact de l’aviation sur le climat n’est-il pas anecdotique ?

Selon les données disponibles, l’aviation commerciale représentait 2,6 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde en 2018. Ce chiffre peut sembler faible, mais il est important de considérer que l’aviation a également contribué à 5,1 % du réchauffement climatique anthropique entre 2000 et 2018 lorsqu’on intègre les effets hors CO2. En effet, la combustion du carburant aérien génère environ 1 milliard de tonnes de CO2 par an, équivalant aux émissions totales du Japon, qui est la troisième puissance mondiale et le cinquième pays le plus émetteur de gaz à effet de serre. Ce n’est donc pas un impact à négliger.

De plus, considérons l’effet à une échelle individuelle. Un vol aller-retour Paris-New York produit environ 1,7 tCO2e, représentant 20 % des émissions annuelles d’un·e Français·e moyen·ne. À mesure que le secteur continue de croître, avec une augmentation estimée de 3 % par an, la part de l’aviation dans les émissions mondiales pourrait augmenter, amplifiant ainsi davantage son rôle dans le réchauffement climatique.

Les effets « hors CO2 » de l’aviation

L’aviation ne contribue pas seulement au changement climatique par ses émissions de gaz à effet de serre. En effet, elle a des impacts additionnels qui sont souvent ignorés, notamment les effets « hors CO2 ». Les traînées de condensation visibles dans le ciel illustrent bien ceci. Ces traînées se développent lorsqu’un avion vole à haute altitude et contribue à la formation de nuages cirrus, qui ont un effet globalement réchauffant en retenant la chaleur émise par la terre.

Les études récentes suggèrent que l’impact des traînées de condensation pourrait doubler voire tripler l’impact radiatif lié aux émissions de CO2 des avions. Bien que les modèles climatiques peinent à quantifier précisément cet effet, il est indéniable qu’il représente un enjeu significatif dans l’évaluation de l’empreinte climatique de l’aviation.

Le fret aérien : un impact souvent sous-estimé

Une contribution disproportionnée aux émissions

En 2020, le fret aérien n’a représenté que 0,5 % des marchandises transportées en Europe, mais il a contribué à 10 % des émissions associées25 fois plus que le camion et plus de 100 fois plus que le train ou le bateau.

Malgré une part constante du fret jusqu’à la crise du Covid, son importance a crû avec l’essor du e-commerce. Entre 2020 et 2021, le transport de marchandises par avion a progressé de 19 %, augmentant ainsi les émissions associées. Actuellement, 70 % de la capacité de fret est transportée dans les soutes des avions passagers, une situation qui pourrait évoluer avec les prévisions d’acquisition d’avions cargos plus polluants pour répondre à la demande croissante.

Les effets du changement climatique sur l’aviation

Vulnérabilité des infrastructures aéroportuaires

Si l’aviation est souvent perçue comme un mode de transport à faible empreinte infrastructurelle, elle n’est pas à l’abri des impacts physiques du changement climatique. De nombreux aéroports sont situés dans des zones côtières, donc vulnérables à l’élévation du niveau de la mer. Actuellement, 269 aéroports sont déjà exposés à ce risque. Dans un scénario de 2°C qui respecte les accords de Paris, ce nombre pourrait augmenter de 30 % d’ici 2100.

Les perturbations fréquentes dues à des événements climatiques extrêmes, tels que des vagues de chaleur, affectent également le trafic aérien. Par exemple, en 2017, une vague de chaleur a empêché le décollage de plus de 50 avions à Phoenix. Ces facteurs soulèvent des interrogations sur la viabilité de certains hubs majeurs, comme Dubaï, au cours des prochaines décennies.

Les leviers pour décarboniser le secteur de l’aviation

Réduire la consommation de carburant

Depuis 1990, l’aviation a déjà réduit sa consommation par avion de 50 % grâce à des optimisations opérationnelles et à l’introduction de nouvelles générations d’avions. Cependant, cela ne doit pas être confondu avec une diminution absolue des émissions. En effet, l’augmentation constante du trafic aérien, multipliée par 4,6 fois depuis 1990, a entraîné une hausse des émissions totales en règle des trois à quatre fois.

CORSIA : Un plan de compensation carbone

Le programme CORSIA (Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation) a été mis en place pour compenser toute augmentation des émissions au-delà d’un niveau de référence. Cela a été adopté par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) et entrera en vigueur pour l’aviation internationale. Cependant, sa mise en place est critiquée pour son caractère limité et peu contraignant, ne s’attaquant pas suffisamment à la réduction réelle des émissions.

Les carburants alternatifs et l’avenir de l’aviation

Le potentiel des SAF

Les carburants d’aviation durables (SAF) sont souvent présentés comme une solution viable pour réduire les émissions du secteur. Malgré des taux de réduction potentiels, leur production reste encore très limitée, représentant environ 0,01 % des carburants utilisés dans l’aviation en 2018. Plusieurs défis, tant techniques qu’économiques, doivent être relevés pour que les SAF puissent sérieusement concurrencer le kérosène classique d’ici 2050.

Hydrogène et électrique : une promesse d’avenir ?

Les projets de développement d’avions à hydrogène ou électriques suscitent un certain enthousiasme. Toutefois, de nombreux obstacles techniques doivent encore être surmontés avant d’atteindre une mise en service opérationnelle. Les défis liés à la densité énergétique et aux infrastructures nécessaires limitent actuellement leur déploiement à court terme, rendant leur impact significatif d’ici 2050 peu probable.

Les comportements individuels et leur impact sur l’aviation

Compensation et choix des modes de transport

Si certaines personnes songent à compenser leurs émissions en achetant des crédits carbone, cela reste une mesure qui, bien que bénéfique pour l’environnement, n’atténue pas l’impact initial du vol. Pour une approche plus proactive, il est suggéré de privilégier des alternatives moins polluantes lorsque cela est possible, comme le train ou l’autocar, surtout pour les trajets courts. Malgré tout, respecter un comportement de voyage plus sobre est crucial pour réduire l’empreinte carbone du secteur.

Voyager en classe économique plutôt qu’en business

Le choix de la classe de voyage peut également avoir un impact significatif. Les vols en classe affaires émettent environ 3 à 6 fois plus de CO2 par passager que les vols en classe économique, en raison de la capacité d’accueil réduite des cabines plus larges. Ainsi, se déplacer en classe économique est une manière de minimiser son empreinte carbone tout en continuant à voyager.

Conclusion et réflexions finales

Il est essentiel d’aborder la question de l’aviation et de son impact climatique avec une perspective nuancée. L’industrie aérienne doit s’engager dans une véritable transition pour diminuer ses émissions, et chaque acteur, qu’il s’agisse des gouvernements, des entreprises ou des voyageurs individuels, doit jouer un rôle en adoptant des comportements et des stratégies qui favorisent un avenir plus durable.

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Jean, 34 ans, passionné d’aviation : « J’ai toujours rêvé de voler, d’explorer le monde. Mais en réalisant que l’aviation représente environ 2,6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, j’ai commencé à reconsidérer mes choix. Chaque vol que je prenais avait un impact. Un vol retour Paris-New York émet autant que 20 % des émissions annuelles d’une personne. Je me rends maintenant compte que mon amour pour les voyages doit être équilibré avec la nécessité de protéger notre planète. »

Sophie, 29 ans, écologiste : « Le concept de flygskam, ou la ‘honte de prendre l’avion’, est devenu très présent dans ma vie. En comprenant que les effets ‘hors CO2’ de l’aviation comme les traînées de condensation peuvent doubler voire tripler l’impact d’un vol, j’ai décidé de privilégier le train. Mes déplacements sont désormais plus réfléchis. Je veux voyager, mais de manière durable. »

Marc, 45 ans, chef d’entreprise : « Dans le secteur du transport, la pression est forte pour minimiser les coûts. Cependant, il est vital de comprendre que l’aviation n’a pas encore réduit ses émissions en volume. Bien que la consommation par passager ait été divisée par deux grâce à de nouveaux avions, le trafic a explosé. Les outils comme CORSIA pour compenser les émissions annuelles sont insuffisants. Notre secteur doit prendre des mesures sérieuses, pas seulement compenser, mais aussi réduire. »

Clara, 38 ans, utilisatrice régulière d’avion : « J’ai pris conscience que si je prends souvent l’avion, j’impacte l’environnement. Les carburants alternatifs sont prometteurs, mais encore trop chers et peu accessibles. Lorsque j’achète un billet, je me demande toujours si le prix inclut l’utilisation de carburant durable. Je milite pour que chaque compagnie aérienne offre cette transparence. Il est temps de faire des choix éclairés. »

Thomas, 50 ans, chercheur : « L’avenir de l’aviation passe inévitablement par l’innovation. Les avions à hydrogène ou électriques sont en développement, mais leur impact reste limité à court terme. Les objectifs de décarbonation de 2050 semblent lointains. En tant que scientifique, je vois un besoin urgent d’accélérer les programmes de recherche et de renforcer les infrastructures pour les technologies de rupture. »

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